Quand on pense « baleine », on imagine l'Arctique, l'océan Austral, des eaux lointaines et glacées. Pourtant, la deuxième plus grande créature de la planète — juste derrière la baleine bleue — vit à quelques dizaines de milles de nos côtes françaises, dans un triangle d'eau entre la France, l'Italie et Monaco. Peu de plongeurs et de plaisanciers le savent vraiment.

Le rorqual commun, un géant discret

Le rorqual commun (Balaenoptera physalus) peut atteindre 20 mètres de long. C'est le deuxième plus grand animal du monde, et il est aujourd'hui classé « en danger » (Endangered) en Méditerranée par l'UICN1. Une étude de long terme menée sur 18 ans (1990-2007) par photo-identification a montré que le Sanctuaire Pelagos hébergeait environ 900 à 1000 individus sur cette période, soit près d'un tiers de la population de rorquals de toute la Méditerranée2. Certains individus reviennent année après année au même endroit : l'un d'eux a été ré-identifié sept fois en dix-sept ans2.

Le Sanctuaire Pelagos, une réserve unique en Méditerranée

Créé en 1999 par un accord entre la France, l'Italie et la Principauté de Monaco, le Sanctuaire Pelagos s'étend sur près de 87 500 km². C'est la première aire marine transfrontalière de Méditerranée dédiée à la protection des mammifères marins1. On y recense plus de 8 500 espèces animales, entre 4% et 18% de toutes les espèces marines connues dans le monde1. Le talus continental, entaillé de canyons profonds, et la richesse en nutriments en font un lieu de nourrissage et de reproduction privilégié pour les grands cétacés — rorquals, cachalots, dauphins.

La première menace : la collision avec les navires

C'est là que le tableau s'assombrit. La Méditerranée concentre 25% du trafic maritime mondial, dont 30% du trafic mondial de pétroliers1, et ce trafic double tous les vingt ans1. Résultat : la collision avec les navires est devenue la première cause de mortalité non naturelle pour les rorquals communs et les cachalots de la région1. Environ 6% des individus photo-identifiés en mer, et près de 20% des individus retrouvés échoués, portent des traces de collision1. En été, dans le Sanctuaire Pelagos, la combinaison de la forte présence des cétacés et du trafic de ferries vers la Corse et la Sardaigne fait grimper le risque de collision à 3,25 fois celui du reste de la Méditerranée1. Une étude basée sur le trafic réel estime qu'un cétacé se retrouve sur la route d'un navire environ 3 520 fois par an dans le seul Sanctuaire Pelagos1 — la plupart du temps il esquive, mais pas toujours.

Ce qui se met en place pour les protéger

Face à ce constat, plusieurs dispositifs ont vu le jour. Le système REPCET permet aux navires équipés de signaler et de recevoir en temps réel la position des cétacés observés sur leur route, via satellite1. Depuis la loi de 2017 pour la reconquête de la biodiversité, les navires français de plus de 24 mètres transitant régulièrement par les sanctuaires Pelagos et Agoa (Antilles françaises) doivent s'équiper d'un tel dispositif1. Fin 2022, l'Organisation Maritime Internationale a validé la création d'une « Zone Maritime Particulièrement Vulnérable » dans le sanctuaire — le seul outil juridique capable, à ce jour, de contraindre le trafic maritime international à des mesures environnementales1. Des recherches sont aussi en cours sur un réseau de bouées acoustiques capables de détecter et localiser les cétacés sans intervention humaine1.

Pourquoi une baleine dans le logo DiveMind

Une baleine qui glisse sous la surface sans bruit, immense et pourtant presque invisible : c'est l'image qui nous a touchés. Le rorqual ne cherche jamais à se faire remarquer. Il revient d'année en année aux mêmes eaux, fidèle à des routes que lui seul connaît vraiment, porté par une mémoire que la vitesse du monde moderne a oubliée. Et malgré sa taille, malgré des millions d'années à sillonner ces mers, il suffit d'un cargo qui ne l'a pas vu venir pour que tout bascule.

C'est un peu l'histoire de beaucoup de clubs de plongée : des passionnés discrets, fidèles à leur littoral depuis des années, parfois seuls et fragilisés par un système qui va plus vite qu'eux. Mettre une baleine sur notre logo, c'était une façon de dire : on vous a vus. On avance à votre rythme, pas à celui du trafic — et on essaie, à notre échelle, de vous aider à rester debout dans cette course. Les clubs qui organisent des sorties bateau en Méditerranée croisent parfois la route de ces géants ; la vigilance de chacun, une observation signalée, une vitesse adaptée, compte à l'échelle du sanctuaire.

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1 WWF France, « Stop collision — Protéger les grands cétacés dans le sanctuaire Pelagos » — wwf.fr

2 Groupe de Recherche sur les Cétacés (GREC), « Rorqual commun et sanctuaire Pelagos » — cetaces.org